Correspondance d'un appelé en Algérie
Nous n'héritons pas de la terre de nos parents, nous l'empruntons à nos enfants.
Signer mon livre d'or Faire connaître mon blog Me contacter par mail Flux RSS
Badge FacebookBlogs et sites préférés· ebay rollon northman
· la montagne et l'art
amis amour animal animaux annonce article background belle blog bonne bretagne cadre
Rubriques
>> Toutes les rubriques <<
· Animaux en péril (9)
· Arts (3)
· Bellatores terram (9)
· Brocante (2)
· Chanson ecolo (15)
· Cinema (1)
· Coup de coeur (12)
· Curiosité (2)
· Déforestation (2)
· Enfance (5)
· Environnement (14)
· Faunes (15)
· Femen (4)
· Femmes de legendes (10)
· Flores (2)
· GAZ DE SCHISTE (4)
· Greenpeace (2)
· Histoire (11)
· Légendes (16)
· Les rivières vivantes ... (5)
· Lettres d'Alegerie (9)
· Littérature (32)
· Loup (3)
· Music of street (5)
· Musique (3)
· Mythologie (24)
· NON à l'A28-A13 (7)
· NON a la guerre (3)
· Notre-Dame-des-Landes (4)
· Nucléaire (2)
· Paranormal (14)
· Personnalité spirite (18)
· Peuples (8)
· Philosophie (3)
· Photographie (2)
· Psychologies (5)
· Société (16)
· Société Secrète et Secte (7)
· Sorcelerrie (9)
· Spiritisme (36)
· Spiritualité (23)
· Stop maltraitance animale (1)
· Victor Hugo (12)
nostradamus ça n est pas dieu
Par Anonyme, le 14.06.2024
befipotrdjourf gipgjfihsegdto iuhsugtqfwsd0i xrftgyhb n?
Par Anonyme, le 21.09.2021
je viens d'essayer de partager sur f....... et voila la reponse "votre message ne peut être envoyé car d’autr
Par lamontagneetlart, le 19.09.2021
bonjour, je ne suis pas médium (enfin à ma connaissance lol) mais j'ai vécu il y a quelques années une expérie
Par Anonyme, le 15.09.2021
j’ai communiquer avec zozo par malheur avec une planche ouija au début il se faisait passer pour ma grand mère
Par Anonyme, le 12.07.2021
· le Sanatorium de Dreux
· Phénomène zozo
· les 3 sorcières "Macbeth"
· Anne Bonny, pirate de légende
· 10 mars 1913. Camille Claudel est jetée à l'asile
· Philosophie Bouddhiste
· Pourquoi penser à la mort ?
· Celtes et Gaulois
· Tin Hinan reine-mère fondatrice des hommes bleus
· rencontre avec les Aghoris, secte hindoue cannibale
· Les fameuses prophéties de Nostradamus pour 2015
· Cercle de Vie le Triskel
· Victor Hugo et le Spiritisme
· LE CHAT ET LA SORCELLERIE
· - LA LANCE DE LONGINUS -
Date de création : 24.06.2013
Dernière mise à jour :
03.01.2025
390 articles


































Introduction
Depuis 1954 jusqu'à l'an 1962, la France a vu ses jeunes hommes, nés entre 1932 et 1943, se faire arracher à leurs vies civiles pour être dépêchés sur le sol algérien. Là-bas, ils ont pris part à un conflit complexe et sanglant : la guerre d'Algérie, éclatée le 1er novembre 1954. Durant le tumulte de cette époque, pas moins de 1,5 million de ces jeunes appelés du contingent furent engagés, intégrés dans une armée forte de 2 millions de soldats.
C'est dans le silence poussiéreux d'un vieux grenier que je suis tombé sur des reliques d'une autre époque : une série de lettres jonchait le sol. Écrites par l'un de ces jeunes appelés, elles portaient en elles la charge émotionnelle des jours noyés sous le soleil africain.
Avec respect et le souci de préserver leur authenticité, j'ai retranscrit ces correspondances, modifiant les noms pour protéger les intimités, mais gardant intactes les inflammations du cœur et les vérités crues du champ de bataille.
Je partage ces morceaux d'histoire au rythme de ma découverte, ignorant moi-même le fil complet de cette épopée personnelle.
Une chose est certaine : ce jeune homme n'était ni un héros de roman, ni une figure guerrière sculptée dans la vaillance. Il était simplement un jeune de vingt ans, arraché au sein de son existence pour être jeté dans le vaste gâchis d'une guerre qui n'aurait jamais dû être la sienne.
Rollon
170e jour
Mecheria,
le 30 octobre 1961
Ma petite chérie,
Ta lettre est enfin arrivée, apportant avec elle une bouffée de joie. Ici, le mauvais temps rivalise avec celui de la Normandie dont tu me parles. Depuis deux jours, des averses incessantes s'abattent sur nous et la température a chuté si soudainement qu'une véritable tempête semble s’être déclenchée ce soir. Sous cette pluie battante qui refroidit les os, je frissonne jusqu’à l'âme. La furie du vent est telle que nous sommes contraints de barricader nos portes. Lorsque le thermomètre affiche péniblement 8 ou 9 degrés, je ne trouve nulle chaleur ni réconfort. Tu te rends compte ? Même ici, nous luttons contre les éléments, à l'instar de vos combats normands contre la pluie .Je comprends qu'avec les grèves la situation se corse, et qu'il te faut te lever encore plus tôt.
Dans cet enfer climatique, je passe de longues heures allongé sur mon lit, laissant mon esprit vagabonder vers nos souvenirs heureux : nos rendez-vous secrets, nos balades en forêt, notre premier bal, et notre premier baiser, si tendre et mémorable, échangé sur les rives de la Seine.
Laisse-moi te peindre une esquisse de mon quotidien. Je me réveille entre 8 h et 8 h 30, où, par un tournus fraternel, nous servons le café au lit les uns aux autres. Si aucun travail ne m'attend, je reste sous les couvertures jusqu'à 10 heures, soit à griffonner quelques mots pour toi, soit à piquer de la couture – eh oui, même en soldat, on coud ! Puis vient le moment de batailler avec la lessive, mon Achille talon, avant de prendre le repas de midi. L'après-midi, si aucun devoir ne me presse, je m'accorde une brève sieste, puis lecture, jeu de cartes, pétanque ou ping-pong en bonne compagnie. Le soir, dîner dès 18 h 30, aux heures des poules, puis je me délasse à l'écoute de Radio Luxembourg ou Europe n°1, qui me tiennent informé des nouvelles de notre pays.
Concernant le travail, mon emploi du temps est le suivant : le lundi, de 12 h à 19 h ; le mardi, de 9 h à 12 h ; le mercredi, je travaille de 19 h jusqu'au jeudi 7 h, avant de bénéficier d'une journée de repos. Ainsi filent mes jours – dans l'ensemble, je m'y retrouve bien.
J'espère que chez toi, tout le monde est en bonne santé.
Transmets le bonjour à mes parents et dis-leur que j'ai bien reçu leur colis.
Je te quitte avec tout l'amour qui me consume et te couvre de baisers ardents.
À toi pour toujours,
Pierre qui ne cesse de t'aimer
Mecheria
Le 28 octobre 1961
Mon amour,
Quelle joie de recevoir tes deux lettres ! Tu ne peux pas imaginer combien mon cœur s'est allégé en lisant tes mots. Ces derniers temps, l'attente me semblait interminable, mais maintenant, je sais que nos lettres se croiseront régulièrement.
Tu m'as mentionné une lettre envoyée à Hussein Dey, dont je crains qu'elle ne se soit égarée. Heureusement, celle que j'ai entre les mains m'éclaire sur le déroulement de tes journées. Le début t'a semblé ardu, mais je vois que tu t'es lancée dans le sport, quitte à te faire mal au dos. J'espère sincèrement que ces douleurs sont derrière toi et que tu es désormais en pleine forme.
Mon père m'a fait part de ton appel, où tu as exprimé tes inquiétudes à mon égard. Je comprends ton angoisse, mais sache que je suis à l'abri ici, contrairement à certains de mes camarades sur le front. Sois rassurée, ma douce, ici, je suis en sécurité.
Pour ma part, tout va bien, surtout depuis que j'ai reçu des nouvelles de toi – c'est comme si j'avais touché le ciel.
La semaine prochaine, je me retrouve à travailler seul. C’est une tâche qui me tient à cœur, alors je suis satisfait. Demain, dimanche, je serai encore à la besogne. Ici, même les jours de repos nous filent entre les doigts.
Le ciel se couvre en fin de journée, presageant des averses. Il est maintenant 23 heures, et je t'écris depuis mon lit, bercé par les émissions radiophoniques.
Ma bien-aimée, je sens que je touche à la fin de mon billet. Avant de me retirer, j'espère que tes parents se portent bien.
Je te souhaite un dimanche paisible, espérant qu'il soit plus doux que ceux que tu as déjà vécus.
Je glisse dans l'enveloppe une esquisse de la Vierge et l'Enfant que j'ai réalisée durant mes moments de solitude.
Je te quitte avec un baiser passionné.
Pierre, qui t'aime éternellement
Mecheria
le 27 octobre 1961
Ma petite chérie, Le travail a commencé pour moi, et il s'avère plus intéressant que je ne l'imaginais, bien que ce ne soit que le début. Depuis avant-hier, j'ai entamé l'envoi et la réception de messages. Nous sommes deux en ce moment, car il est important d'être accompagné par quelqu'un de plus expérimenté pendant au moins une semaine. Tu sais, après deux jours de travail, nous avons trois jours de repos - ce qui n'est pas mal du tout.
Aujourd'hui, j’ai l'après-midi de libre jusqu'à 19 heures, ensuite ce sera le travail jusqu'à 9 heures demain matin. Quand je suis devant mes machines – oui, il y en a quatre à surveiller – et que le rythme se fait plus lent, on peut papoter avec les camarades situés à 200 ou 400 km d’ici.
Hier soir, je suis allé prendre un bain en ville, et tu aurais vu ce que c'est ! On les appelle "les bains Maures"*, ça ressemble un peu à un hammam. On entre dans une pièce avec une grande serviette, on s'assoit par terre et un employé nous lave. Ensuite, on transpire abondamment et, quand on est bien trempé de sueur, on nous enveloppe dans deux autres grandes serviettes. On change alors de pièce pour s’allonger sur des matelas avec, en prime, deux couvertures. On continue de transpirer et, après 15 à 20 minutes, on est complètement sec. C’est quelque peu étrange comme sensation, mais après, quel bien-être ! On se sent revigoré.
Le beau temps perdure ici, toujours aussi chaud. Côté repas, je dois avouer que cela ne m'enthousiasme pas outre mesure et que les rations me semblent un peu justes.
Eh bien, voilà, je ne trouve pas grand-chose d'autre à te dire pour l’instant. Je pense que toi, ma petite Colette, tu continues ta petite routine habituelle, que le travail ne t'accapare pas trop et qu'il ne fait pas excessivement froid chez toi (je t'envoie un petit rayon de soleil saharien avec cette lettre).
J'espère que tout va bien chez toi, que tes parents sont en forme. J'espère aussi que Gérard reste stable dans son poste et que notre petit écolier fait des progrès en classe.
Bien, ma chérie, cela fait aujourd'hui 14 jours que je suis en Algérie et, depuis le départ, mon 167e jour. Il me reste 643 jours au compteur. Tu vois, c'est lent, mais c'est certain.
Je n'ai plus grand-chose à ajouter, mon amour.
J'espère que cette lettre trouvera toi et ta famille en bonne santé.
Donne le bonjour à tous nos voisins.
Ma petite Colette, je termine ma lettre en t'embrassant très fort, ainsi que tes parents.
Mille baisers,
Pierre qui pense à toi.
P.S. : Cette nuit, j'ai rêvé que j'étais en Normandie auprès de toi et qu'un accident m'était arrivé. Tu étais là, en larmes, à mes côtés, et je te disais que mon heure était proche. Réveillé en sursaut, j'étais soulagé. Comme on peut avoir des idées absurdes !
À bientôt de tes nouvelles, ma petite chérie.
Pierre
*Bain de vapeur humide particulièrement utilisé dans le monde arabe pour répondre aux préconisations hygiéniques instaurées par la religion musulmane, et utilisé en Occident comme un espace de détente et de bien-être.
Mecheria
Le 24 octobre 1961
Ma petite chérie, C'est fait, je suis enfin arrivé à destination et pour tout dire, je suis soulagé. Mon séjour ici s’annonce long, probablement jusqu'à la fin de mon service militaire. Cela dit, ce n’est pas pour me déplaire car l’endroit est tranquille et le travail semble tout à fait convenable.
J'ai quitté Oran à bord d'un C47* à huit heures ce matin et je suis arrivé à neuf heures tapantes. Le vol s'est déroulé sans encombre, sous un ciel clément. La vue était extraordinaire, notamment lorsque nous avons survolé les montagnes avant de nous étendre au-dessus des vastes étendues désertiques – un spectacle vraiment impressionnant, ces immensités dénuées d'arbres parsemées ici et là de pistes et d'oueds.
Mecheria est un petit bourg à l'architecture arabe, une communauté mixte d'Européens et d'autochtones nichée à une altitude de 1200 mètres et ceinte d’un mur de pierre qui semble tout droit sorti du Moyen Âge. La base militaire se trouve un peu à l'écart, et moi, je suis affecté à l'état-major, en plein cœur du village. C'est un endroit vraiment charmant, où tout le monde, qu'il soit civil ou militaire, autochtone ou européen, se côtoie sans distinction. Le climat, typiquement saharien, oscille entre chaleur diurne et fraîcheur nocturne. On dit même qu'en hiver, la neige recouvre tout.
Eh bien mon amour, il est temps pour moi de réintégrer ma routine. Je vais enfin pouvoir recevoir du courrier régulièrement, et dieu sait combien tes lettres me manquent. Ici, dans ce coin perdu, éloigné du reste du monde, elles seront mon unique distraction. J’espère que tu vas bien et que le travail te satisfait. Mon amour, j'aimerais que tu m’envoies un agrandissement de l'une de tes photographies, ainsi que celle de nos fiançailles. Ainsi, chaque soir, tu seras ma dernière vision avant de sombrer dans le sommeil.
J’espère également que ta famille se porte bien et que ton père a repris le travail. Et Gérard, comment s’adapte-t-il à son nouveau poste?
Je te laisse sur ces mots, impatiemment en attente de te lire.
Je t'embrasse tendrement,
Pierre, qui t'aime profondément
*Douglas C-47 Skytrain est la désignation officielle donnée par l'United States Army Air Forces à l'une des versions militaires du DC-3, Avion de transport polyvalent, robuste et d'entretien aisé, il fut utilisé sur tous les fronts durant la Seconde Guerre mondiale.
Oran,
le 23 octobre 1961
Ma chère Colette,
Demain, à la même heure, je serai enfin parvenu à ma destination, clôturant ainsi douze jours de voyage tout sauf reposants.
Ici à Oran, le soleil est implacable, me forçant à chercher refuge dans l'ombre, le torse baigné de sueur.
Samedi dernier, de la soirée à la tombée de la nuit, j'ai accompagné deux camarades en patrouille. Armé d'un MAT-49 et de ses chargeurs, je parle de balade car nous n'avons guère eu à intervenir. La ville respirait la tranquillité, mais le simple fait de tenir une arme chargée m'a imprégné d'une étrange sensation. Une pression sur la gâchette aurait suffi... Heureusement, tout est resté calme, et cette sortie sera désormais la dernière. À Mecheria, je l'espère, je trouverai la paix.
Hier, retenu à la base, sans permission de sortie, ma journée s'est limitée à émerger à onze heures, prendre un bref repas, puis m'évader l'après-midi devant "Voyage au centre de la terre". Ces petits plaisirs ont donné des ailes au temps. Tout ceci pour te donner quelques nouvelles, ma douce Colette.
À présent, parlons un peu de toi, mon amour. Je te devine passant un agréable dimanche sous un ciel clément, espérant que le froid ne se fait pas encore trop mordant. Je souhaite que ta vie de "célibataire provisoire" ne pèse pas trop lourd sur ton moral. À mon retour, mon cœur se gonflerait de joie d'entendre que tu as pris soin de toi, car je désire retrouver ma bien-aimée telle que je l'ai laissée, si ce n'est mieux encore. Pour ma part, je me porte bien, malgré un poids sur le cœur qui persiste, mais je m'arme de patience.
J'ose espérer que tu as profité de la visite de ton frère Francis pour t'offrir une évasion familiale. Que le travail avance sans encombre et que vous vous portez tous au mieux. Transmets mes salutations à toute la famille.
Mon amour, guette l'arrivée de mon adresse à Mecheria. Je te l'enverrai dès que possible, pour éviter la lenteur postale si tu l'envoyais à Oran.
Patience, ma tendre moitié, nous nous retrouverons bientôt. Avec tout l'amour que j'ai pour toi,
Pierre
*N.B.: Le MAT-49 a été le pistolet mitrailleur standard de l'armée française des années 1950 jusqu'au milieu des années 1980. "Voyage au centre de la terre" est un film de Henry Levin, sorti en 1959, basé sur le célèbre roman de Jules Verne.*
Oran
20 octobre 1961
Ma petite chérie,
Je t'écris ces quelques lignes pour te rassurer quant à mon arrivée à Oran. Le voyage s'est fait à bord d'un Nord 2501 malgré une météo capricieuse. Je dois avouer que mon baptême de l'air a été plutôt mouvementé, mais également réussi. Nous avons quitté Alger à 9h30 et atterri à Oran une demi-heure plus tard.
La base de Mers-el-Kebir est impressionnante, on dirait une petite ville en elle-même. Avec ses 6000 hommes, on trouve de tout ici : il y a même un cinéma forum de 800 places. Il est évident que tout y est bien organisé, néanmoins la discipline est strictement appliquée.
Voilà maintenant pour la bonne nouvelle : mardi, je prendrai de nouveau l'avion pour Mecheria, environ 300 km au sud d'Oran. À cet endroit, je serai plus au calme, loin de l'agitation. Mon voyage, tu le vois, n'est pas encore terminé. Mais à Mecheria, où l'on n'entend pas de scandales, je serai à mon poste, tranquille, et j'y travaillerai avec sérénité. Je t'assure, mon amour, que même ici, à Oran, où il n'est pas toujours agréable d'être, tu n'as pas de souci à te faire pour moi.
Je pense que chez toi tout va pour le mieux, que tes parents se portent bien, que le jeune écolier emmagasine toutes ses leçons, et que tes frères, Gérard et Jean-Philippe, travaillent dur.
Je termine cette lettre en te couvrant de baisers.
Je pense à toi inlassablement, mon amour. Prends soin de toi.
Avec tout mon amour,
Pierre qui t'aime
2e classe Martin Pierre SP 87307/M A. F. N.
* Nord 2501 : Avion de transport militaire
*Mechéria est une commune de la wilaya de Naâma en Algérie. Située dans l'ouest algérien
Hussein Dey*
le 17-10-61
Ma chère Colette
Je t'écris ces quelques lignes qui se trouveront être les dernières en provenance de ce lieu, car dès demain – et ce n'est pas trop tôt à mon goût –, nous nous envolerons pour Oran.
Il est singulier de constater que pour joindre Toulouse à Oran, j'ai emprunté tous les moyens de transport possibles : le train, le camion, mes propres pieds, le bateau et maintenant l'avion. Je suis certes soulagé de quitter cette base où les corvées semblent être notre lot quotidien depuis notre arrivée. Imagine-moi, couvert de crasse de l'aube au crépuscule. Mon impatience grandit à l'idée de découvrir Oran .
Le climat ici est d'une clémence que l'on croirait estivale, alors même que nous sommes en octobre. Sous le ciel de France, ce serait là une météo digne de juin ou de juillet sur la Côte d'Azur.
Quant à la caserne, elle est un havre de paix malgré la foule. J’ai peine à réaliser que je suis sur le sol algérien, la seule différence notable étant cet armement omniprésent et ces explosions sporadiques. Étrangement, ici, personne n'y prête vraiment attention ; l'habitude pour eux, sans doute.
Je veux croire que tout va bien pour toi et que ce que je viens de décrire ne te troublé pas outre mesure. Après tout, comme le poste de radio te tiendrait déjà informée, je préfère ne rien te cacher. Laisse-moi t'assurer une chose : ne t'inquiète pas exagérément. Lors de notre arrivée à Alger, nous fûmes tous étonnés de la tranquillité de la ville, presque aussi paisible qu'une ville française. Celui qui n'y est pas lui-même ne connaît que les histoires rapportées, et parfois, bien des choses s'avèrent être plus des fables que des faits.
J'espère que ton travail se poursuit sans anicroche, que votre déménagement s'est bien passé et qu'à présent, tu peux œuvrer sereinement.
J'imagine que les fins de journée t'occupent moins l'esprit, maintenant qu'Annick ne prend plus le même train. Donne le bonjour à mon frère Jean, j'espère qu'il est toujours aussi présent à la gare.
J'ose espérer que la santé de ton père va en s'améliorant après sa récente crise, et que Jeannot ne se fait plus aussi discret en passant devant chez Mickey.
Je me trouve à court de mots, mon amour, si ce n'est pour te réitérer mes pensées très affectueuses et mon impatience de recevoir de tes nouvelles.
Je t'embrasse très fort, toi et toute la famille.
Avec toute mon affection et mon amour, à très bientôt, ma chère Colette.
Pierre
* Hussein-Dey est une commune de la wilaya d'Alger en Algérie, située dans la proche banlieue Est d'Alger.
**Sur les vagues de la Méditerranée**
*14 octobre 1961*
Ma petite chérie,
Alors que le *Ville d'Oran* fend les eaux tranquilles entre Marseille et Alger, je me saisis de la plume pour t'offrir un bout de mon périple.
Ce matin, dès 9 heures, nous avons quitté notre caserne. La traversée jusqu'au port, malgré sa brièveté, s'est avérée une odyssée : un kilomètre à pied, harnaché de mon équipement – paquetage, valise et musette. Figure-toi que je vacillais sous le poids, la valise balançant au rythme de mes pas, le paquetage jouant les funambules sur mon épaule.
L'embarquement fut une affaire d'organisation. Nous sommes, après tout, un régiment de 300 hommes. Dans les entrailles du navire, il nous a fallu rivaliser d'ingéniosité pour tous y tenir. Le spectacle était chaotique. Toutefois, grâce à un matelot complice et quelques pièces glissées discrètement, trois camarades et moi-même avons déniché refuge dans une cabine. Quelle trouvaille ! Imagine une pièce avec des lits douillets, une douche - un luxe inestimable.
En civil, nous nous promenons à notre guise, loin de nos frères d'armes consignés dans la cale ou sur le pont, statiques, leurs mouvements restreints. La nourriture nous est servie en cabine, et je t'avoue, nous nous sentons plus proches de vacanciers au club Med que de simples soldats.
Paradis éphémère, car à cet instant, nous naviguons à hauteur des Baléares, la réalité du devoir toujours présente dans nos esprits.
Ma chère Colette, voici un aperçu de mon voyage !
Demain, le 15, j'atteindrai Alger à 11 heures pour, ensuite, rejoindre Oran.
Je pense à toi, reprenant ton emploi au bureau, rayonnante et en parfaite santé.
J'espère que chez toi, la routine a repris son droit, que ton père s'est remis de ses malaises, et que le reste de ta famille prospère.
Ma douce, les mots manquent pour exprimer mes sentiments, mais sache que tu es dans mon cœur et mes pensées.
Embrasse tes parents de ma part.
À mon amour, jusqu'à la prochaine fois. Je me languis d'imaginer ton dimanche, peut-être partagé avec ton frère Francis.
Avec tout l'amour qui m'habite, Pierre
*Note: Le *Ville d'Oran* était un paquebot français voguant de 1936 à 1969.*
En 654, à la demande de la reine Bathilde, Philibert, fils d’un comte franc de Vasconie, fonde l’abbaye de Jumièges sur un domaine du fisc royal. Philibert fait bâtir quatre églises dans son monastère : la principale sous le vocable de saint Pierre, les trois autres sous ceux de Notre-Dame, saint Denis et saint Germain. Il choisit la règle de saint Benoît pour les moines de l’abbaye, qui se partage entre prière et travail.
A l’abbaye d’hommes de Jumièges, Philibert annexe un monastère de femmes, installé sur une propriété du duc Amalbert, au nord-ouest de Rouen, puis transféré à Pavilly. Ce monastère est alors placé sous la direction d’Austreberthe, abbesse de Port-le-Grand, près d’Abbeville
De ces éléments historiques attestés par les sources archivistiques est née une légende, dite du Loup vert, que se partagent dans l’iconographie saint Philibert et sainte Austreberthe. Plusieurs versions existent. Pour certains, c’est sainte Austreberthe qui punit le loup, pour d’autres saint Philibert
« Sainte Austreberthe, afin de prouver à son vieil ami Philibert [sa] reconnaissance (…) lui offrit de faire blanchir par ses religieuses le linge de la sacristie de Jumièges. Le marché fut accepté, et voici comment il s'exécutait : Chaque semaine, un âne convenablement dressé, venait tout seul à travers bois, de Pavilly à Jumièges, apporter le linge blanc et prendre le linge sale. Cela durait depuis longtemps, sans que jamais le fidèle âne eût égaré la moindre serviette, quand, par une journée d'hiver où des loups affamés rôdaient autour de la forêt, l'âne revenant de Jumièges fut attaqué, tué et dévoré. L'heure à laquelle son messager avait coutume de rentrer étant passée, sainte Austreberthe conçut de l'inquiétude et vint, après vêpres, par le chemin ordinaire à la rencontre du pauvre âne. Que vit-elle : Hélas, au détour d'un buisson, les paquets de linge éparpillés sur la neige, les paniers de l'âne brisés, et l'âne lui-même prêt à finir de disparaître sous la sanglante mâchoire d'un affreux loup ! L'abbesse poussa un grand cri ; alors, le loup leva la tête en grondant ; mais à l'aspect de la sainte, il fut pris d'une telle frayeur que son poil changea de couleur et devint vert de roux qu'il était La sainte fit signe au loup de venir à elle ; il quitta les restes de l'âne et obéit. Puis la sainte ramassa les paniers de l'âne et les arrangea sur l'échine du loup qui se laissa faire ; elle prit les paquets étalés par terre, les remit dans les paniers et, ordonnant au loup de la suivre, elle retourna au couvent, consolée et bénissant le seigneur. Le loup suivait, les oreilles et la queue basse. Là ne se borna point le miracle de sa transfiguration ; il resta au couvent, suivant la sainte partout comme un chien, se laissant battre fort docilement, et quand le linge fut près à être reporté à Jumièges, on en chargea le loup qui eut bientôt fait oublier son infortuné prédécesseur l'âne, tant il mit d'empressement et de diligence à cette commission. Il vécut fort vieux et resta jusqu'à sa mort le très intelligent messager des deux abbayes. Notez bien qu'en changeant de couleur, il avait aussi changé de mœurs : roux il était horriblement carnivore ; devenu vert, il ne se nourrit plus que d'herbe. Quand saint Philibert vit venir ce loup qui lui portait ses aubes et ses surplis, je vous laisse à penser quel fut son étonnement. Instruit plus tard des détails que je viens de vous dire, il voulut perpétuer la mémoire du fait ; il fit venir des sculpteurs pour raconter la chose sur la pierre de son abbaye (…) »...
Par Auguste Luchet, Journal de Rouen, n°129, 9 mai 1837 (ADSM)
Cette légende est effectivement gravée dans la pierre : une clef de voûte, aujourd’hui conservée dans le logis abbatial porte un médaillon central qui représente saint Philibert auréolé et assis, tenant sa crosse de sa main gauche et plaçant sa main droite sur le dos du loup. En arrière-plan, un arbre symbolise la forêt de la légende. On distingue encore quelques traces de polychromie ocre.